Alphonse Giroux

Enseigne connue du Tout-Paris pour les jouets et objets précieux à offrir, Alphonse Giroux est « le marchand des princes », proposant une gamme de produits de luxe prisés par l’aristocratie et la haute bourgeoisie. Vers 1830, il s’oriente vers la tabletterie et l’ébénisterie, qui restera son fond de commerce principal : écritoires, tables à ouvrages, coffrets et nécessaires à couture en bois précieux.

Fondée en 1799, la boutique rayonne sous la Restauration : Louis-Philippe s’y procure le présent qu’il offre aux enfants du Duc de Berry, un carrosse d’or et de cristal, décoré d’émeraudes et tiré par des chevaux de nacre. A l’Exposition Universelle de 1855, l’Impératrice Eugénie acquiert un extraordinaire bonheur-du-jour d’Alphonse Giroux, couvert de plantes grimpantes en bois sculpté.

Non seulement connu pour ses meubles et accessoires de luxe, Alphonse Giroux s’intéresse à l’optique. Il est ainsi le premier fabriquant de kaléidoscopes en 1818 et de b en 1839, qu’il vendait également dans sa boutique parisienne.

L’Exposition Universelle de 1855

Napoléon III, admiratif de la première Exposition Universelle de Londres, organise la deuxième à Paris en 1855. Il fait construire le Palais de l'Industrie pour l'occasion ainsi que des bâtiments annexes où les produits de toutes les nations peuvent être découverts et comparés.

L'Angleterre en 1851 avait fait grand étalage des richesses de ses colonies, et la France y répond en mettant l'accent sur ses nombreux peintres, ses manufactures de luxes et ses produits agricoles. Ainsi, dans les arts décoratifs, les bronziers, ébénistes et céramistes français figurent parmi les meilleurs du monde. On loue ainsi les meubles de Jeanselme, de Tahan associé à l'habile Rivart, l'orfèvrerie de Christofle et Denière, et la porcelaine de Sèvres.

L'Exposition Universelle de 1855 est la première qui se tint à Paris. C'est à cette exposition que le jeune Mathurin Moreau est révélé au public avec ses sculptures de la Fontaine de Tourny.

Les Jeux de l’Enfance, Rarissime cheminée en marbre Statuaire décorée de putti en haut relief

Marbres Statuaire et Noir Marquina.

Hauteur : 132 cm ; Largeur: 204 cm ; Profondeur : 45 cm

Fin du XIXe siècle, Italie.



L'enfance est le sujet de cette unique cheminée ancienne, entièrement sculptée en haut relief dans un somptueux marbre Statuaire. Trois groupes d'enfants y illustrent des jeux immémoriaux : la balançoire, Colin-Maillard et enfin le Frappe-Main. Jouant au milieu des vignes, ces putti furent imaginés par le sculpteur dans la droite ligne des Bacchanales d'enfants de la Renaissance. Ces jeux auxquels on jouait déjà dans l'Antiquité, la nudité des corps, et enfin le thème de l'enfance, nous plongent dans une vision de l'âge d'or, temps mythique encore épargné du labeur et de la corruption.
La structure de notre cheminée, abandonnant les styles du XVIIIe siècle, a un aspect organique qui rappelle la Nature. Pièce extrêmement rare et originale, cette cheminée fut réalisée dans les environs de Gênes, en Italie, à la fin du XIXè siècle.


Une Bacchanale de Putti


François Du Quesnoy, Bacchanale de putti, 1630, Galleria Spadia, Rome, Italie.


Ces putti jouant dans les vignes rappellent sans équivoque l'iconographie des Bacchanales de putti qui s'est développée dès le XVIe siècle. A la place du cortège des Satyres et Ménades, les artistes de la Renaissance, comme Titien, représentent des bambins, au milieu de pampres, jouant avec des chèvres et buvant le vin. En sculpture, François Du Quesnoy s'est imposé comme une référence incontournable de ces Bacchanales de putti en bas-relief, très admirées des italiens qui le surnomment « il fattore di putti ».
De très nombreuses façades d'immeubles parisiens du XVIIIe et XIXe siècle sont ainsi décorées de ces scènes directement inspirées de Du Quesnoy. Les putti sont devenus habituellement représentés dans ces moments de joie et d'effervescence, qui se passent petit à petit des attributs du culte de Bacchus. Ainsi, les putti de notre cheminée, au milieu des lourdes grappes de raisins, sont clairement inspirés de cette iconographie. A la place des chèvres et coupes de vins, les enfants jouent à des jeux ancestraux qui évoquent l'âge d'or de l'humanité.


Des jeux immémoriaux
Bacchanale de putti en bas-relief, 37 avenue du Président Franklin Roosevelt,
Rond Point Guy Flavien, Sceaux, Hauts de Seine.


Les trois jeux représentés sont en effet réputés remonter aux temps les plus reculés. La balançoire, représentée à droite par une simple corde, faisait déjà partie des fêtes du culte de Bacchus, le dieu de l'ivresse et des mystères.


A gauche, trois enfants jouent à Colin-Maillard, dont on trouve également trace dans l'Antiquité sous le nom du « Jeu de la mouche de bronze », relaté par Suétone.

Colin-Maillard, dans le Petit Livre d'amour de Pierre Sala, vers 1500, British Library, Londres, Royaume-Uni.


Enfin, c'est le Frappe-Main qui est représenté sur le bandeau de cheminée. Très connu du XVIIe au XIXe siècle, ce jeu était également réputé remonter aux temps les plus anciens. Jacques Stella, graveur du XVIIe siècle, l'illustre avec des enfants nus dans son ouvrage Jeux et plaisirs de l'enfance en 1657. Le jeu consiste à frapper à tour de rôle dans la main d'un joueur, qui la garde dans le dos, et doit deviner qui l'a frappé. Un gardien est chargé de vérifier qu'il ne triche pas, en maintenant la tête du joueur entre ses genoux.


Le Frappe Main, planche de Jeux et plaisirs de l'enfance de Jacques Stella, 1657.
Heim, Le Frappe Main, peinture du Salon des Jeux de l’Hôtel de Lassay, Assemblée Nationale, Paris, France.


Une extraordinaire cheminée


Cette extraordinaire cheminée, couverte de sculptures qui forment une véritable ode à la vitalité, a également une forme très singulière. En effet, avant la fin du siècle, les décorateurs respectent le répertoire des styles passés qui permet de structurer une cheminée avec des jambages en forme de consoles ou de pilastres, auxquels on peut adosser des sculptures.
Ainsi, il est très rare de voir une forme si organique, comme modelée, pour une œuvre sculptée dans le marbre Statuaire. Ici, l'ouverture du foyer est délimitée par une tresse de lierre. Deux pieds de vignes s'élèvent sur chacun des jambages, sculptés avec une attention particulière à l'écorce, aux formes des feuilles et aux enroulements des pampres.

Les grappes de raisin sculptées en haut relief, les feuilles se superposant, donnent l'impression d'être tendres et souples, grâce à l'habileté du sculpteur.
Cette œuvre, très probablement réalisée d'après les vœux d'un commanditaire privé, est ainsi le travail d'un artiste talentueux. Le marbre Statuaire, qui sied à des sculptures précieuses, fait de cette cheminée une pièce exceptionnelle. Les matériaux nobles de l'art statuaire et l'iconographie ancienne sont utilisés pour réaliser une œuvre moderne et unique.

L’Exposition Universelle de 1851

Première de toutes les Expositions Universelles, celle qui se tint à Londres en 1851 émerveilla le public tant par son cadre exceptionnel, le Crystal Palace, que par la multitude de créations qui y étaient exposées. L'Angleterre, alors maîtresse du monde, s'est gardé la plus grande part de l'exposition pour étaler les richesses de ses colonies.

Divisé en quatre sections, l'espace de 8 hectares était ensuite subdivisé en pavillons nationaux. Concernant les arts, l'Exposition de 1851 faisait ainsi cohabiter les tapis orientaux de Tunis et les porcelaines de Sèvres de la France, un éléphant empaillé venu d'Inde et de nombreuses créations néo-gothiques. Visant non moins que la paix entre toutes les nations, garantie par la libre circulation des marchandises et la connaissance de tous les peuples, l'esprit de cet événement majeur est une parfaite illustration de la foi du XIXe siècle dans le progrès industriel.

L'événement fut profitable à la France qui pu mette en valeur la qualité de ses arts décoratifs. La toilette de la Duchesse de Parme, exposée par Froment-Meurice et la réduction des portes du paradis de Lorenzo Ghiberti par la maison Barbedienne firent grande impression, si bien que l'Exposition Universelle suivante se déroula à Paris, en 1855.