Le style Troubadour
La redécouverte de la civilisation médiévale est l’une des curiosités intellectuelles du début du XIXème siècle. L’enjeu de la question des origines nationales est essentiel, et les historiens (Michelet, Augustin Thierry) sont les initiateurs et propagateurs de cette conscience nationale, de l’intérêt pour le Moyen Age et du questionnement sur les fondements de la Nation.
Initié à la fin du XVIIIème siècle où apparaissent les premières œuvres « médiévalistes » aux caractères pittoresques, le style Troubadour s’affirme au début du XIXème siècle pour devenir un véritable phénomène de mode dans les années 1820-1830.
Le Musée des monuments français remit à la mode le Moyen Age, créé par Alexandre Lenoir en 1795 après les destructions du patrimoine architectural pendant la Révolution.
Le sentiment chrétien, dans sa dimension artistique, connut une résurgence avec notamment la parution en 1800 du Génie du Christianisme de Chateaubriand d’une sensibilité préromantique. Artistes et écrivains se tournent vers le glorieux passé chrétien.
Le premier tableau troubadour fut présenté au salon de 1802 par Fleury-Richard : Valentine de Milan pleurant la mort de son époux. Cette œuvre connut un franc succès auprès du public et des artistes, notamment le peintre David qui saluait la nouveauté technique et le choix du sujet. Alexandre-Evariste Fragonard, Révoil, Drölling, Bergeret, Menjaud, Ingres ou Isabey comptent parmi les nombreux peintres qui défendirent ce style.
On voit alors se multiplier les œuvres artistiques au service des sujets médiévaux, souvent des épisodes émouvants et dramatiques, où le souci archéologique de même que le souci d’exactitude chronologique ne sont que très approximatifs.
En effet, il s’agit d’un Moyen Age rêvé, reconstitué, idéalisé, glorifiant la nation française.
On recherche un exotisme temporel, un Moyen Age qui se situe bien loin dans le temps.
Les artistes se prennent de passion pour la représentation d'épisodes tirés de la vie de Saint Louis, du chevalier Bayard, d'Henri IV ou de François Ier...
Eugène Viollet-le-Duc contribua à la réévaluation et à la réhabilitation de l’architecture médiévale, inséparable du style Troubadour.
- photo 1 : Les Quatre Henri jouant aux dès dans la maison de Crillon à Avignon, Eugène Devéria, salon de 1857. L'épisode se déroulerait peu après l'avènement de Henri III sur le trône de France. A son retour de Pologne, le roi séjourna à Avignon pour rendre visite au cardinal Charles de Lorraine, qui décéda au cours de cette halte. Devéria a choisi d'illustrer la célèbre partie de dés qui se tint quelques jours après le décès du cardinal entre Henri III, Henri de Navarre (futur Henri IV), Henri de Guise et Henri de Condé. L'un d'eux ayant demandé quel serait le prochain à mourir, le roi manifesta son désir d'avoir une conversation moins lugubre et proposa une partie de dés. Il jeta son cornet sur une table de marbre blanc, qui fut aussitôt tachée de sang. Le médecin Miron, futur ami d'Henri IV aurait ainsi commenté la scène : "c'est là un signe que ces quatre seigneurs mourront assassinés". A la différence de ses compagnons médusés, Henri de Navarre aurait jeté son chapeau en défi à la "camarde".
- photo 2 : Le Raffiné, Jean Louis Ernest Meisssonnier (1815-1891). Sans aborder un sujet historique, Meissonnier représente un gentilhomme à l'allure fière coiffé d'un large feutre, un large col de guipure échancré, une longue épée au pommeau ciselé, il tient son gant de peau. Le peintre crée une atmosphère "moyenâgeuse" qui suffit à transporter le spectateur au temps des duels et des mousquetaires...


